Au niveau des élèves


Quel ressenti des jeunes sur leur parcours d'orientation ?

Les jeunes se déclarent insuffisamment accompagnés et stressés par l'orientation

Le bilan de l’accompagnement de leur orientation, par les jeunes (de 18 à 25 ans), apparait mitigé. Un jeune sur deux n’est pas satisfait de l’accompagnement de son établissement scolaire au sujet de l’orientation (contre 47 % de satisfaits). Les filles sont moins satisfaites de cet accompagnement (41 % contre 53 % pour les garçons).

Les diplômés et les élèves issus de la voie professionnelle s’estiment plus souvent bien accompagnés (52 %) que les élèves de voie générale (45 %).

Les jeunes dont le collège relevait de l’éducation prioritaire sont plus nombreux à considérer qu’ils ont été bien accompagnés (53 %). Enfin, les élèves dont le principal interlocuteur en matière d’orientation a été le professeur principal sont particulièrement satisfaits de cet accompagnement (63 %).

Sentiment d’être bien accompagné par son établissement selon… (en %)

Les jeunes sont 68 % à déclarer que l’orientation a été une source de stress, dont 32 % « qu’elle a tout à fait été une source de stress ».

L’orientation a-t-elle été une source de stress ? (en %)

Les filles semblent plus touchées par ce stress (72 % contre 63 % chez les garçons), tout comme les étudiants et les diplômés de l’enseignement supérieur (74 % contre 60 % chez les élèves diplômés de l’enseignement professionnel).

On note également que les enfants d’ouvriers/employés (74 %) sont plus stressés que les autres.

 

 

Les jeunes choisissent davantage leur orientation en fonction de leur goût pour un métier que pour la sécurité de l'emploi

À peine plus de la moitié des jeunes de 18 à 25 ans (57%) avaient un projet professionnel au moment du choix de leur orientation (contre 43 % qui n’en avaient pas) avec des taux équivalents chez les élèves et diplômés de l’enseignement professionnel et les étudiants du supérieur. L’incertitude quant au projet professionnel se prolonge jusqu’au diplôme chez les élèves de l’enseignement professionnel : seulement 61 % des titulaires de CAP et BEP et 61 % des bacheliers professionnels savaient quel métier ils souhaitaient exercer au moment de l’obtention de leur diplôme.

Le fait de viser un métier précis semble être un facteur de satisfaction pour les jeunes, par rapport à leur choix d’orientation (73 % des jeunes concernés sont satisfaits de leur choix d’orientation, contre 47 % des jeunes qui n’avaient pas de métier en tête). Les jeunes qui ont en tête un métier spécifique se retrouvent davantage parmi les jeunes les « moins stressés » (68 % des jeunes « pas du tout stressés »). Cette vision plus précise de leur avenir les pousse également à résister aux influences extérieures : 75 % des jeunes qui ont postulé dans une voie d’enseignement qu’on leur avait déconseillée avaient un projet professionnel précis.

Les jeunes qui pensaient à un métier spécifique constituent deux publics particuliers. Ils se recrutent davantage, premièrement, parmi les jeunes qui déclarent avoir eu de « très bons » résultats scolaires (62 %). À l’opposé, ce sont également les jeunes qui déclarent avoir eu de « très mauvais » résultats scolaires (72 %), mais aussi les jeunes issus de l’éducation prioritaire (64 %) qui avaient une vision plus précise de leur projet professionnel.

Au moment de choisir leur orientation, les jeunes se sont positionnés dans leur choix d’orientation, en fonction, de leur appétence personnelle pour un métier ou une filière/discipline d’études plus que sur la rémunération ou la sécurité de l’emploi. Ainsi, pour un jeune sur deux, le goût personnel pour un métier/un secteur (48 %) et l’appétence pour une discipline/une filière (41 %) sont en tête des motivations pour choisir une orientation. Pour un jeune sur quatre seulement, la sécurité de l’emploi et la possibilité d’être rapidement en emploi sont des critères importants (26 %). Arrivent ensuite, dans une moindre mesure, la certitude de réussir dans les études choisies (21 %), la rémunération associée à cette orientation (20 %) et la proximité géographique (18 %).

Quels ont été les critères principaux et le plus importants dans les choix de votre orientation (en %) ?

Sur la question des critères de choix d’orientation, on observe des différences entre filles et garçons. La rémunération du métier choisi et la possibilité d’être rapidement en poste priment davantage pour les garçons, même si les deux critères principaux de choix (goût personnel pour un métier et appétence pour une filière) sont identiques. Par ailleurs, les garçons, affirment davantage que les filles ne pas avoir pu choisir leur orientation (20 % contre 17 % chez les filles).

Les critères de choix d’orientation les plus importants selon le genre (en %)

Si les enfants d’ouvriers/employés déclarent plus souvent ne pas avoir eu le choix de leur orientation (19 % contre 10 % pour les enfants de cadres), le goût personnel pour un métier ou une discipline est bien le critère principal qui guide leurs choix dans la plupart des cas (Figure 8). Les enfants de cadres sont plus nombreux à suivre leur goût pour un métier (48 % contre 38 % des enfants d’ouvriers et d’employés) ou pour une filière (40 % contre 35 % des enfants d’ouvriers et d’employés).

Les enfants d’ouvriers font également des choix pragmatiques basés sur la proximité géographique (30 % contre 26 % chez les enfants de cadres). Les enfants de cadres sont plus tentés de se conformer aux attendus sociaux et familiaux (34 % contre 27 % chez les enfants d’ouvriers et employés).

Critères de choix selon l’origine sociale (en %)

La comparaison entre les critères de choix des élèves ou diplômés de l’enseignement professionnel par rapport à ceux de l’enseignement supérieur montre également la prédominance de choix orientés par le goût personnel pour un métier dans les deux populations. Certains critères sont plus décisifs pour les diplômés ou élèves de l’enseignement professionnel :

  • la possibilité d’être rapidement en emploi (13 % des élèves ou diplômés de l’enseignement professionnel, contre 4 % pour les étudiants ou diplômés du supérieur) ;
  • la proximité géographique (9 % contre 4 % pour les étudiants ou diplômés du supérieur).

Les étudiants ou diplômés du supérieur ont un goût personnel plus affirmé quant à une discipline ou une filière (27 % contre 4 % des élèves ou diplômés de l’enseignement professionnel).

Il est également intéressant de noter que 20 % des élèves et diplômés de l’enseignement professionnel estiment qu’ils n’ont pas eu le choix de leur orientation alors qu’ils ne sont que 7 % parmi les étudiants et diplômés de l’enseignement supérieur.

On remarque que les jeunes qui ont arrêté leur parcours à l’issue d’un baccalauréat général ou technologique et les jeunes qui n’ont aucun autre diplôme que le brevet des collèges estiment rarement avoir eu le choix : 38 % des jeunes sans diplôme et 18 % des jeunes qui se sont arrêtés au baccalauréat déclarent ne pas avoir eu le choix de leur orientation. En outre, 11 % des jeunes ayant arrêté leur parcours au baccalauréat déclarent que leur choix a été fait en conformité avec ce qu’on attendait d’eux.

Principaux critères de choix selon la voie suivie

 

 

Des jeunes qui renoncent à leurs aspirations

71 % des jeunes déclarent avoir écarté d’eux-mêmes une possibilité d’orientation qui les avait intéressés. Le coût des études est l’élément le plus dissuasif. 29 % des jeunes déclarent avoir envisagé une autre orientation à cause du coût des études. Viennent ensuite : les résultats scolaires (25 %), la durée des études (21 %), l’éloignement géographique (18 %) et le fait que le secteur ne soit pas porteur (17 %).

Avez-vous envisagé des orientations que vous avez finalement écartées de vous-même (vous n’avez pas postulé dans ces filières) ? (plusieurs réponses possibles, en %)

Les orientations que les jeunes ont écartées à cause de leur genre ne ressortent qu’à 6 %. Ce résultat est à lire avec précaution car la recherche montre que les jeunes femmes ne perçoivent pas comme une autocensure le fait de renoncer à une orientation : elles ont tendance à dévaloriser leurs propres compétences plutôt qu’à estimer qu’une voie ne correspond pas à leur genre. Ce mécanisme a été mis en évidence notamment en ce qui concerne les études scientifiques par Breda, Grenet, Monnet et Van Effenterre (2018).

De fait, les jeunes femmes sont particulièrement concernées par le renoncement : 78 % des filles ont renoncé à une orientation envisagée, contre 64 % des garçons. Ce phénomène tient notamment au coût et à la durée des études : 25 % des jeunes femmes renoncent à cause de la durée des études et 36 % en raison de leur coût (contre respectivement 18 % et 21 % des jeunes hommes). Les aspirations des filles sont cependant souvent supérieures à celles des garçons à 15 ans (à performance et origine sociale fixée, voir Rocher et Le Donné, 2012) : on peut donc faire l’hypothèse qu’au fil du parcours elles sont plus conduites à renoncer à leur première idée.

L’éloignement géographique est un motif de renoncement plus fréquent dans les communes rurales : 22 % des jeunes ruraux, contre 15 % de ceux habitant l’agglomération parisienne et 17 % dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants.

Enfin, le contexte social pèse sur les choix de filière. Ainsi, 24 % des enfants d’employés ont renoncé à cause de la durée des études, contre 15 % des enfants de cadres.

 

 

Un accompagnement dans l'orientation variable selon les établissements et les filières

Selon les jeunes, les établissements qui ne développent aucune activité liée à l’orientation sont extrêmement minoritaires (15 %). Ainsi, 85 % des jeunes ont participé à au moins une activité en lien avec l’orientation pendant leur scolarité.

Les activités suivies diffèrent selon la voie d’enseignement qu’ont suivie les jeunes. Les ateliers de CV et lettres de motivation ont plus fréquemment été suivis par les élèves et diplômés de l’enseignement professionnel (47 % contre 35 % des élèves ayant intégré l’enseignement supérieur), tout comme la visite d’entreprises (38 % contre 28 %), la visite de lycées professionnels, de CFA (42 % contre 15 %) et la présentation de secteurs ou métiers porteurs (23 % contre 14 %). A contrario, la présentation des voies et des filières a plus touché les élèves qui se sont par la suite orientés vers l’enseignement supérieur (46 % contre 28 % en enseignement professionnel) tout comme les visites d’établissement d’enseignement supérieur (36 % contre 22 % en enseignement professionnel).

Principales activités suivies selon le profil (en %)

Le stage de 3e est l’outil le plus souvent utilisé pour tester un choix d’orientation : 44 % en moyenne et 50 % pour les élèves s’étant par la suite orientés vers la voie professionnelle (Figure 4). Les recherches montrent que les périodes d’immersion professionnelle (stages mais également expériences collectives) ont un impact positif, notamment sur la probabilité de faire des études supérieures (Hughes & al, 2016).

Lesquels des moyens suivants avez-vous utilisés pour « tester » des choix d’orientation et savoir si des études ou un métier vous attiraient ? (en %)

 

 

La place centrale des familles : inégalités sociales et rapport à l'institution

Pour échanger sur leur orientation, les jeunes se tournent de façon privilégiée vers leurs parents. 80 % des 18-25 ans ont évoqué la question avec leurs parents, et pour 52 % d’entre eux, leurs parents ont même été leur principal interlocuteur (Figure 13). Les enfants de cadres sont les plus nombreux à faire appel principalement à leurs parents à ce sujet (62 % contre 50 % pour les enfants d’ouvriers).

L’implication des parents se traduit par la recherche d’information sur l’orientation. 55 % des jeunes déclarent que leurs parents en cherchaient. Un taux qui varie selon la catégorie socioprofessionnelle des parents : 41 % des parents ouvriers ou agriculteurs, 55 % des employés et 64 % des cadres et professions intermédiaires.

39 % des jeunes ont discuté de leur orientation avec les enseignants. C’est notamment vers leur professeur principal qu’ils se tournent à 33 % et c’est également l’interlocuteur principal pour un jeune sur dix. Ce comportement est un peu plus rare chez les enfants de cadre (10 % d’entre eux ont eu un enseignant comme principal interlocuteur contre 13 % chez tous les autres).

Les interlocuteurs qui sont également plébiscités sont les camarades de classes (32 %) et les frères et sœurs (33 %).

Le conseiller d’orientation (PsyEN) est « l’interlocuteur principal » pour un jeune sur 10 et « un interlocuteur parmi d’autres » pour 30 % d’entre eux. Le rôle du conseiller d’orientation (PsyEN) est un peu plus important chez les jeunes étudiants ou diplômés de l’enseignement professionnel : c’est l’interlocuteur principal de 14 % d’entre eux (contre 6 % des jeunes qui ont poursuivi dans le supérieur). Parmi les jeunes qui ont rencontré un conseiller d’orientation (PsyEN), un sur deux (47 %) estime que la rencontre a été utile pour prendre une décision. Un accompagnement jugé moins utile par les profils issus de l’enseignement professionnel : 40 % seulement estiment que la rencontre a été utile, contre 47 % dans l’enseignement supérieur et 55 % des autres profils (diplômés du brevet ou sans diplôme).

Qui a été votre interlocuteur principal sur la question de votre orientation ? Avec qui d’autre avez-vous évoqué votre orientation ? (en %)

Source : CRÉDOC pour le Cnesco, enquête auprès des 18-25 ans, septembre 2018

Plus d’un jeune sur deux déclare qu’on lui a déconseillé certaines des orientations qu’il envisageait (54 %). Les familles sont, dans ce domaine, la principale source d’influence (30 %). Viennent ensuite les enseignants à hauteur de 22 %. En revanche, ce type de conseils n’émane que rarement des conseillers d’orientation (PsyEN) (10 %) et des amis/camarades de classe (7 %). Au final, 54 % des jeunes à qui on a déconseillé une voie y ont tout de même postulé.

Avez-vous envisagé des orientations que quelqu’un vous a déconseillées ? (en %)

En outre, 37 % des jeunes estiment que leurs parents les ont poussés à suivre certaines options au cours de leur scolarité (latin, troisième langue…). Cette proportion est équivalente quelle que soit la voie d’enseignement choisie par le jeune au lycée (professionnelle, générale ou technologique), mais plus élevée lorsque ses parents sont cadres (43 % contre 35 % des enfants d’employés).

De même, 47 % des enfants de cadres déclarent que leurs parents les ont poussés à suivre certaines voies ou séries (dans l’enseignement secondaire), contre 40 % des enfants d’employés. En moyenne, ce sont 41 % des jeunes qui ont été influencés par leurs parents dans leur choix de voie d’enseignement ou de filière.

 

 

Le coaching privé, un poids non négligeable

18 % des jeunes déclarent avoir eu recours à un coach en orientation : 7 % ont rencontré un coach payant et 11 % un coach gratuit. Ce privilège est plutôt réservé aux jeunes de milieux favorisés, qui s’estiment déjà bien accompagnés par leur établissement (22 % des enfants de cadres, contre 12 % des enfants d’employés). Le phénomène s’accentue dans le cas où la prestation est payante : il touche 16 % des enfants de cadres du privé, dirigeants d’entreprise ou professions libérales. La consultation d’un coach gratuit est plutôt sollicitée par les enfants de professions intermédiaires du public – 18 % des enfants d’enseignants, infirmiers…