Projets innovants en France
autour du décrochage scolaire


Les projets innovants, en France, de lutte contre le décrochage scolaire

Partout en France, des projets innovants sont mis en place par des acteurs de terrain qui travaillent régulièrement pour prévenir le décrochage scolaire ou agir contre celui-ci. Le Cnesco a lancé un appel à témoignage pour identifier le travail mené par ces acteurs de terrain et connaître, concrètement, le contenu de leur action. Les projets sélectionnés ont eu des effets positifs à leur échelle et peuvent inspirer de futures politiques scolaires.

Prévenir le décrochage scolaire

 

Forcé de constater que de plus en plus d’élèves sont en situation de décrochage scolaire au sein de leur établissement, le collège Jean Moulin à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), classé REP, a collaboré avec la pédagogue Catherine Blaya, professeure en sciences de l’éducation, pour mettre en place un test innovant au sein de l’établissement. Inspiré du programme québécois de prévention du décrochage scolaire « Trait d’union », ce test est réalisé chaque début d’année par tous les élèves de l’établissement depuis cinq ans.

Le programme « Trait d’union » s’appuie sur deux composantes : la grille « trait » et la grille « union ». La première grille (« trait ») a pour objectif d’évaluer régulièrement l’intensité des indicateurs de désengagement scolaire. Elle synthétise des renseignements importants qui facilitent l’accompagnement notamment en aidant à l’identification des difficultés à traiter en priorité.

« Composé d’une multitude de questions, le test évalue les résultats scolaires de l’élève, son implication dans sa scolarité, son sentiment d’appartenance à l’établissement, son comportement, ses relations avec les enseignants, son environnement amical et familial, etc. » Mathieu Gillot, professeur de français

Suite à ce test, une partie des élèves (26 élèves sur l’année scolaire 2017-2018) sont détectés en situation de décrochage ou sur le point de le devenir. Ils sont ensuite jumelés à un accompagnateur (enseignant, infirmière scolaire, agent) qui les aidera, dans une démarche positive et proactive, à identifier leurs difficultés et à mettre en place une série d’actions visant à y répondre. La deuxième grille (« union ») prend alors tout son sens, puisqu’elle doit être remplie par l’accompagnateur au terme de chacune des rencontres (en général, une vingtaine de minutes tous les 10 jours). Elle permet de cibler des objectifs, de garder une trace de ce qui est mis en place, de donner une ligne
directrice aux actions, de servir de base à la rédaction du bilan d’accompagnement et d’évaluer
l’efficacité de l’action.

Mathieu Gillot et Gaëlle Berthelon, professeurs
Académie de Dijon, Collège Jean Moulin, Montceau-les-Mines (71 300)

Depuis 2012, le collège Lucie Aubrac à Givors (Rhône) mène une expérimentation avec treize écoles élémentaires de la ville, en co-intervention avec les Francas du Rhône et en partenariat avec des structures locales. Ce projet se base sur le constat suivant : le moment de rupture entre l’école et le collège peut avoir une incidence importante dans le parcours d’un élève et conduire à une situation de décrochage scolaire. L’objectif est donc de mieux préparer les élèves de CM2 aux lieux qu’ils vont côtoyer, aux nouvelles formes d’apprentissage, d’organisation, de vie collective, de loisirs,
d’administration, qu’entraîne le passage en 6e.

Une grille d’observation est établie, avec des critères et des indicateurs permettant à l’enseignant de CM2 d’identifier les élèves fragilisés : manque d’autonomie, caractère introverti ou trop influençable, angoisses importantes des élèves ou de leurs parents, etc. Les élèves repérés (une dizaine chaque année) se réunissent pendant dix jours (répartis entre les mois de mai et juin) dans les locaux de l’Atelier Relais de Givors et se voient proposer un accompagnement autour d’actions pédagogiques spécifiques sur la connaissance du collège et le repérage de leurs potentialités et fragilités, par une équipe constituée de deux enseignants au collège et d’un membre de l’association des Francas du Rhône.

Un contrat est signé par les familles pour s’assurer de leur accord, leur stipuler les objectifs et les règles de l’accompagnement. Les outils créés par les élèves lors de ces sessions sont variés : jeu de société sur la connaissance du collège, expositions sur une journée type au collège, site internet,
représentation théâtrale, vidéos avec des saynètes imaginées par les élèves…

« Après cette session, les élèves sont considérés comme des « ambassadeurs » car ils ont une connaissance approfondie de l’entrée au collège et peuvent donc en discuter avec leurs pairs. Cela permet souvent d’apporter des réponses aux questions des autres élèves de la classe et d’apaiser certaines angoisses. » Aurélie Colombo-Satta, coordonnatrice de l’Atelier Relais de Givors

Un regroupement valorisant le travail mené par les jeunes ambassadeurs a lieu en fin de session avec les familles et les partenaires, et un bilan écrit est remis à l’élève et à sa famille pour clôturer cette semaine d’accompagnement. Un questionnaire sur le sentiment d’efficacité personnelle est proposé à l’élève avant et après la session, puis à la rentrée en 6e et au moment du premier conseil de classe. Au vu des réponses, ce sentiment semble progresser positivement au fur et à mesure de l’adaptation de l’enfant à son nouvel établissement scolaire. Les anciens ambassadeurs, aujourd’hui collégiens, se sont tous adaptés à leur nouvel environnement de travail et aucune situation de décrochage scolaire n’est survenue pour ces élèves.

Éric Taillandier, principal
Académie de Lyon, Collège Lucie Aubrac (69 700)

Depuis 2010, le collège Marais de Villiers à Montreuil (Seine-Saint-Denis), comme l’ensemble des collèges de la ville, propose une alternative aux élèves temporairement exclus de l’établissement : participer au dispositif ACTE (Accueil des collégiens temporairement exclus), aussi nommé « Rebond » par la municipalité. Ce dispositif fait partie du Programme de Réussite Éducative et est financé par la ville de Montreuil, le Commissariat général à l’égalité des territoires et le Conseil départemental. Une exclusion temporaire pourrait avoir pour effet indirect d’augmenter le risque de décrochage scolaire de l’élève. Il est donc important de donner un sens à cette exclusion en lui assignant plusieurs objectifs : permettre à l’élève d’assumer la responsabilité de ses actes et de leurs conséquences, faire évoluer son regard sur la scolarité et ses acteurs mais également sur lui-même, l’aider à concevoir les lois et les règles comme des outils au service de l’individu et des groupes auxquels il appartient…

Les familles sont directement impliquées puisque lorsque l’exclusion temporaire est décidée, la référente du dispositif contacte les parents par téléphone pour leur proposer un rendez-vous durant lequel le dispositif leur est présenté, des informations sur le fonctionnement familial sont recueillies, mais aussi sur les difficultés rencontrées, la compréhension de la sanction et du système scolaire en général. Un contrat est signé par les parents et par le jeune. Deux sessions d’accueil existent. Une première session qui dure un à quatre jours, durant laquelle de nombreux partenaires interviennent : une éducatrice spécialisée, une animatrice d’une association promouvant la citoyenneté et également assesseure du juge pour enfants, un psychologue de l’Éducation nationale, un éducateur sportif…

Différentes activités sont proposées aux élèves : activités autour de l’estime de soi et des compétences sociales, débat autour de l’école, retour sur la sanction (expliquer ce qui s’est passé, comprendre la sanction, les relations avec les adultes et les camarades), des ateliers d’écriture « slam » sur le thème de l’identité. Un travail est également engagé autour des émotions, des besoins, de la gestion des conflits, de la communication non violente, ainsi qu’un atelier sur
l’orientation. Pour les élèves exclus temporairement une nouvelle fois, une seconde session de un à cinq jours leur est proposée au sein d’associations montreuilloises.

« Le but de ce dispositif est de favoriser une école incluante. Certes ces collégiens ont mal agi et sont donc sanctionnés, mais l’exclusion temporaire ne signifie pas rester chez soi. Au contraire, les élèves peuvent réfléchir ensemble et revenir plus sereinement dans l’établissement. » Christelle Picard, principale

Ce dispositif est analysé à travers un questionnaire à destination des élèves, au début et à la fin de l’accompagnement. Un second questionnaire est également remis au personnel de direction et au CPE en fin d’année scolaire, afin d’interroger leur vision du dispositif, le devenir des élèves, leurs remarques. Les effets constatés sont positifs puisque moins de conseils de discipline (divisés par quatre en deux ans) ont lieu dans l’établissement depuis la mise en place du dispositif.

Christelle Picard et Camille Duchossoir, principale et référente du dispositif REBOND / ACTE
Académie de Créteil, collège Marais de Villiers, Montreuil (93 100)

En 2014, suite à une formation sur les Élèves Intellectuellement Précoces (EIP) menée par un inspecteur Adaptation scolaire et Scolarisation des élèves Handicapés (ASH), le collège Joseph Delteil et le lycée Jacques Ruffié à Limoux (Aude) se sont investis dans la mise en place d’un dispositif accompagnant ces élèves, au collège puis au lycée. Ces élèves ont généralement été repérés dès l’école primaire par leurs parents ou leur enseignant, et ont passé un test avec un psychologue. Un lien logique s’est établi entre le collège et le lycée, pour une transition douce des élèves de la 3e à la 2nde. L’objectif du projet est de lutter contre le décrochage scolaire lié à une souffrance éprouvée par les EIP à l’école, et ainsi faire réussir des élèves à besoins éducatifs particuliers, qui présentent la plupart du temps des troubles associés (hyperesthésie, hyperémotivité, mésestime de soi…).

Pour l’année scolaire 2017/2018, le dispositif a été proposé à 5 élèves de 6e, 2 élèves de 5e, 3 élèves de 4e, 3 élèves de 2nde, 5 élèves de 1ère et 4 élèves de Terminale. Une commission valide cette décision : elle est constituée de l’IA-DASEN ou un de ses représentants (Inspecteur ASH ou Inspecteur Orientation) en qualité de président, du proviseur ou proviseur adjoint, du principal ou principal adjoint, du Conseiller d’Orientation Psychologue, d’un infirmier scolaire, d’une assistante sociale, d’un CPE et d’un professeur référent EIP. Chacun de ces élèves est reçu de manière individuelle avec sa famille par une des enseignantes coordonnatrices, pour réaliser un « entretien de rentrée », c’est-à-dire faire le point sur sa situation personnelle. À l’issue de ces entretiens, les enseignantes envoient un mail à toute l’équipe pédagogique ainsi qu’au personnel de direction, au CPE, à l’assistante sociale et à l’infirmière, pour dresser un bilan et apporter des recommandations. Par exemple, pour gérer la rapidité de l’élève lors des devoirs, lui mettre des livres à disposition ou lui proposer d’être tuteur d’un camarade ; imposer un nombre maximum de lignes pour éviter les copies « fleuves » ; lors d’un nouvel apprentissage, commencer par l’exemple pour arriver à la théorie ; pour canaliser leurs multiples questions, leur proposer de les noter et d’aller voir leur professeur à la fin du cours. Pour
les élèves souffrant de harcèlement scolaire, des rendez-vous avec l’infirmière et la psychologue sont proposés, et il est demandé aux enseignants d’être particulièrement attentifs à ces enfants-là.

« Depuis la mise en place du dispositif, nous constatons une diminution des absences et des retards, ainsi qu’une meilleure gestion des émotions chez ces élèves. » Stéphanie Cauquil, enseignante coordonnatrice

La socialisation chez ces élèves s’est également améliorée et leur réussite aux examens a progressé. Les enseignants notent quant à eux un sentiment de satisfaction grâce au soutien qu’ils apportent aux élèves et une diminution de la sensation d’isolement professionnel puisque les deux établissements travaillent ensemble. Les enseignantes coordonnatrices souhaiteraient désormais que ce dispositif s’étende à d’autres établissements, notamment au premier degré. En termes d’évaluation, un questionnaire à destination des élèves, des familles et des enseignants va être élaboré afin de recueillir les avis et pistes d’amélioration sur ce dispositif.

Stéphanie Cauquil, Sara-Jane Alcamo, Stéphanie Adam et Carole Ferrini, enseignantes coordonnatrices
Académie de Montpellier, collège Joseph Delteil et lycée Jacques Ruffié, Limoux (11 300)

Au lycée polyvalent Jules Fil de Carcassonne (Aude), un projet éducatif a été développé à l’initiative d’une professeure d’éducation physique et sportive.

« Tous les jeudis, je convie les élèves qui le souhaitent à participer à un cours de remise en forme. Leurs parents sont également invités. Ainsi, je peux voir et échanger avec les familles chaque semaine, dans un cadre informel. » Claire Botella, professeure d’EPS

Ce cours crée une vraie dynamique au sein de l’établissement et permet de faire venir les parents dans le lycée. Pour l’année scolaire 2017/2018, environ 70 personnes sont inscrites au cours. Les élèves sentent donc une plus grande implication de leur famille dans leur scolarité, ce qui est, pour plusieurs d’entre eux, une source de motivation pour travailler régulièrement. Ce projet entraîne un changement d’attitude de la part des élèves, plus dynamiques et positifs. L’effort physique collectif leur fait comprendre qu’ils sont capables de se dépasser. Enrôlés dans un véritable projet d’établissement et mieux accompagnés par leurs parents, certains élèves connaissent une forte progression de leur niveau scolaire.

Claire Botella, professeure d’EPS
Académie de Montpellier, lycée Jules Fil, Carcassonne (11 000)

Proposer une solution de raccrochage

Depuis deux ans, le lycée David d’Angers (Maine-et-Loire) accueille dans ses locaux un Lycée Nouvelle Chance (LNC). Une vingtaine de jeunes de 16 à 24 ans, sortis sans diplôme et depuis plus de 6 mois du système scolaire, ou ayant échoué à deux reprises à l’examen du baccalauréat, ont la possibilité de préparer un baccalauréat général S, ES ou L, ou un baccalauréat technologique, série STMG, sur les niveaux 1re et Terminale, au sein d’une classe à effectif réduit. Souvent, ces jeunes cumulent plusieurs problématiques : situation de mal-être, phobie scolaire, problèmes de santé, jeunes parents, etc. Un budget est alloué aux coordonnateurs (administratif et pédagogique) du LNC pour recruter les enseignants, généralement volontaires, ainsi que pour le fonctionnement de l’établissement. La démarche pour intégrer le LNC doit venir des élèves. Une fois le premier contact établi, un entretien d’approche est proposé aux jeunes, suivi d’une sélection des dossiers.

« Chaque enseignant est tuteur d’au moins un élève. L’objectif est de maintenir une relation de proximité avec le jeune. Chaque élève a besoin d’une relation individuelle et personnelle pour progresser. » Régis Jacqmin, Délégué Académique à la Persévérance Scolaire et à l’Insertion

Les pratiques pédagogiques sont variées (magistrale, coopérative, inversée, renversée, augmentée…). Les notions d’évaluation éducative basées sur la progression et le droit à l’erreur sont des éléments fondamentaux au LNC. Des travaux de groupe sont souvent proposés, et dans certaines disciplines, les élèves de différentes filières travaillent ensemble. De plus, chaque jeune bénéficie d’un emploi du temps individualisé, en fonction de ses forces et de ses faiblesses.

Le LNC essaie également d’accueillir des jeunes qui ont un référent extérieur proche géographiquement et qui puisse les soutenir dans leur démarche de reprise d’études. Des chercheurs du Centre de recherche en éducation de Nantes (CREN) travaillent avec les cinq Lycées Nouvelle Chance de l’académie de Nantes pour interroger les jeunes ayant repris des études, dans le but de comprendre les ressorts de leur réussite. L’an dernier, sur les vingt élèves du LNC d’Angers, dix-sept ont obtenu leur baccalauréat, dont trois avec mention. Ils se sont ensuite dirigés vers des études à l’université, en Brevet de Technicien Supérieur (BTS) ou encore vers un Service Civique.

Jacques Graveleau, proviseur
Académie de Nantes, lycée David d’Angers, Angers (49 000)

Le Lycée des Possibles à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines) a ouvert ses portes en septembre 2014 au sein du lycée professionnel Colbert (il se situe aujourd’hui au Lycée Polyvalent Corneille). Il accueille chaque année une cinquantaine de jeunes de 16 à 20 ans, en décrochage scolaire depuis au moins six mois et issus de n’importe quelle formation (générale, technologique ou professionnelle). Ces jeunes sont repérés par les Missions locales et les Centres d’Information et d’Orientation (CIO), qui leur proposent de contacter l’établissement.

Deux étapes sont nécessaires au recrutement des futurs élèves : les jeunes rencontrent tout d’abord un psychologue de l’Éducation nationale et sont ensuite reçus par la Conseillère Principale d’Éducation (CPE) et les deux professeurs coordonnateurs du lycée. Le but est de s’assurer que ces jeunes sont aptes à évoluer en collectivité et souscrivent à un objectif de retour en formation. Une fois ces élèves admis au Lycée des Possibles, une équipe éducative les accompagne : elle est composée de professeurs de lycée professionnel, d’une psychologue de l’Éducation nationale et d’une équipe médico-sociale (assistante sociale et infirmière scolaire). L’idée est de créer une sorte de sas pour qu’ils puissent se réconcilier avec l’école, se réhabituer progressivement aux horaires et aux contraintes, retrouver la confiance en soi et le plaisir d’apprendre.

« Les élèves ont cours seulement le matin, du lundi au jeudi, avec deux professeurs. L’objectif est de les remettre dans un rythme de travail, les réarmer pour la suite de leur parcours, leur apprendre à vivre de nouveau en collectivité. » Frédéric Lenfantin, proviseur du Lycée des Possibles

Chaque élève est suivi en parallèle par un professeur, de manière individuelle. Ce tutorat peut prendre plusieurs formes : un entretien hebdomadaire pour faire le point sur la situation de l’élève, un accompagnement dans la recherche de formation ou à un rendez-vous pour visiter un établissement, etc.

L’équipe éducative se retrouve également tous les vendredis matins pour échanger sur le suivi des élèves et partager des regards différents sur l’accompagnement proposé. Lorsque les élèves se sentent prêts à franchir le pas vers des établissements « classiques », ils font des stages d’immersion de trois semaines dans des établissements scolaires, ou des stages passerelles dans des CFA. Certains parviennent à intégrer une formation de leur choix, d’autres retournent au Lycée des Possibles, qui continue à les accompagner le temps nécessaire.

Frédéric Lenfantin, proviseur
Académie de Versailles, Lycée des Possibles, La Celle-Saint-Cloud (78 170)

Depuis la fin de l’année 2016, le lycée Jean Monnet à Montpellier (Hérault) a développé une action autour du Service Civique, dans le cadre de la Mission de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS). Cette action est destinée aux jeunes entre 16 et 18 ans, sortis du système scolaire sans diplôme ni qualification. Au départ, la MLDS fait plusieurs constats : le service civique peut être un excellent levier de remobilisation pour ces jeunes mais ils connaissent très peu ce dispositif ; les missions proposées sur le site internet sont souvent inaccessibles pour ce public car elles exigent un niveau d’étude élevé ; enfin les structures d’accueil n’identifient pas spontanément ce type de public. Le rectorat, avec l’appui du lycée Jean Monnet, développe alors un partenariat avec la direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) et la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS), ainsi qu’avec les associations ACTEURS et UNISCITE, et monte le service civique combiné, qui consiste à accueillir des jeunes engagés dans une action citoyenne, en alternance avec des cours au lycée.

La mise en oeuvre de ce dispositif se décline en deux phases. La première phase est l’atelier de préparation au service civique. La MLDS, les Centres d’Information et d’Orientation (CIO) et la Mission locale participent, en amont, au repérage des acteurs et à leur orientation vers cet atelier. Celui-ci se déroule au sein du lycée Jean Monnet à raison d’une demi-journée par semaine et dure deux mois (octobre-novembre). Pendant trois heures, les intervenants de l’association ACTEURS aident les jeunes à affiner leur projet et leur choix de service civique. La seconde phase (de janvier à juin) se déroule lorsque les jeunes ont commencé leur mission. Elle propose un service civique combiné : chaque semaine, les jeunes alternent trois jours de mission (du lundi au mercredi) et deux jours au lycée (jeudi-vendredi) pour participer à des ateliers.

« L’objectif est de leur faire acquérir un savoir-être et des aptitudes qui favorisent une insertion professionnelle, leur faire découvrir leur potentiel et leurs compétences, les engager dans une dynamique et une remobilisation socio-professionnelle et faire émerger un projet d’avenir. » Jean-Michel Diot, proviseur

Divers ateliers rythment ces journées au lycée : un « temps de régulation de groupe » pour leur permettre de s’exprimer sur leur mission, un « accompagnement au projet professionnel » en découvrant des métiers, les codes et les attitudes en entreprise, les dispositifs de formation et d’emploi, un « atelier communication », pour découvrir la communication en milieu professionnel. Des « espaces de pensée et d’apprentissage » sont aussi proposés avec des ateliers d’écriture, des cafés philo/socio, des débats films/actualités, afin d’amener les jeunes à renouer avec les apprentissages. Enfin, certaines demi-journées permettent une ouverture sur le monde (visite d’entreprise, intervention d’un chef d’entreprise, salon de formation ou sorties culturelles). Sur l’année 2016/2017, 34 jeunes ont été repérés, 19 ont suivi l’atelier de préparation au lycée et 14 ont intégré un service civique combiné. À l’issue de leur mission, 3 ont repris leur scolarité dans un lycée général ou professionnel, 1 a obtenu un contrat d’alternance, 1 un baccalauréat S, 3 un emploi, 7 sont en formation hors Éducation nationale et 2 bénéficient du dispositif Garantie jeune.

Jean-Michel Diot et Frédérique Duchein, proviseur et coordonnatrice MLDS
Académie de Montpellier, lycée Jean Monnet, Montpellier (34 080)