Projets innovants en France
autour de l'enseignement professionnel


 

Partout en France, des projets innovants sont mis en place par des acteurs de terrain. Dans leur classe, leur établissement ou leur région, ils travaillent quotidiennement pour apporter une meilleure orientation, formation et insertion aux jeunes de l’enseignement professionnel. Le Cnesco a lancé un appel à témoignage pour identifier le travail mené par ces acteurs de terrain et connaître, concrètement, le contenu de leur action. Les projets sélectionnés ont eu des effets positifs à leur échelle et peuvent inspirer de futures politiques scolaires.

   

Grâce à un environnement numérique très développé, le lycée professionnel Henri Brule de Libourne propose à ses élèves de gérer leur propre entreprise, au plus près de la réalité professionnelle.

L’application informatique <PAGE> reconstitue le fonctionnement d’une entreprise de vente d’articles « bio » ou de jouets en bois. Elle permet de générer des activités commerciales et administratives et de suivre les compétences mises en œuvre par les élèves.

« Magasin en ligne (FrontOffice et BackOffice), standard téléphonique, banque en ligne, centre des impôts… Les élèves disposent d’un circuit économique complet. Ils travaillent en collaboration par groupe de trois, dans des salles aménagées en Open Space. » Fabienne Mauri, professeure d’économie-gestion

Le projet plonge les élèves en immersion dans un contexte professionnel et développe leurs compétences. Les situations vécues les rendent plus responsables. L’usage du numérique, plus ludique, permet également de remobiliser des élèves décrocheurs.

Les enseignants interviennent en binôme et peuvent créer des scénarios pédagogiques grâce à l’application <PAGE>. Le projet a permis de renforcer la collaboration au sein de l’équipe pédagogique.

Fabienne Mauri, professeure d’économie-gestion Académie de Bordeaux, Lycée Henri Brulle, Libourne (33 500)

L’institut itinérant est un institut d’esthétique mobile qui a été créé au sein du lycée des Métiers Armand Guillaumin d’Orly. Suite à la donation d’une caravane par un parent d’élève, les lycéens ont voulu la transformer en institut itinérant.

L’institut a fait son premier déplacement en 2014, en Corrèze, afin d’offrir des soins esthétiques à des personnes vivant dans des régions enclavées. Désormais, un partenariat a été développé avec une association regroupant 42 maisons d’accueil spécialisées (personnes en situation de handicap et personnes âgées) dans lesquelles les élèves pourront intervenir.

« Lors des déplacements, les élèves gèrent l’institut en totale autonomie : prise de rendez-vous, accueil des clients, soins, encaissement… » Mariem Siala, enseignante

Des partenariats avec des entreprises de cosmétiques ont pu être développés. Ainsi, le lycée reçoit gratuitement des produits pour faire vivre son institut.

Grâce à ce projet, les élèves changent leur vision de leur avenir professionnel mais s’inscrivent également dans une démarche citoyenne de solidarité permanente, à la recherche de tous types de projets qui les valorisent et donnent sens à leurs apprentissages. Ainsi, l’année prochaine, les élèves interviendront dans un camp de réfugiés en France.

Mariem Siala, enseignante Académie de Créteil, Lycée Armand Guillaumin, Orly (94 310)

Au Lycée polyvalent Jules Fil de Carcassonne, un projet éducatif a été développé à l’initiative d’une professeure d’éducation physique et sportive. À l’origine, l’objectif était avant tout de proposer aux élèves un parcours de remise en forme et d’éducation à la santé. Aujourd’hui, le projet a créé une vraie dynamique au sein de l’établissement et permis de faire venir les parents dans le lycée, notamment ceux issus de milieux défavorisés.

« Chaque lundi, je convie les élèves qui le souhaitent à participer à un cours de step. Leurs parents sont également invités. Ainsi, je peux voir et échanger avec les parents tous les lundis, dans un cadre informel. » Claire Botella, professeure d’EPS

Ce projet a entraîné un changement d’attitude de la part des élèves, plus dynamiques et positifs. L’effort physique collectif leur a fait comprendre qu’ils sont capables de se dépasser. Enrôlés dans un véritable projet et mieux accompagnés par leurs parents, certains élèves ont connu une forte progression de leur niveau scolaire.

Claire Botella, professeure d’EPS Académie de Montpellier, Lycée Jules Fil, Carcassonne (11 000)
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Le cours de step est ouvert à tous les élèves de l’établissement, qu’ils soient en voie professionnelle, technologique ou générale. Le projet permet ainsi de créer une réelle mixité entre les élèves des différentes voies. Grâce à ce cours, ils apprennent réellement à se découvrir et créent des liens entre eux.

À Évry, le lycée professionnel Charles Baudelaire a constaté, au fil des années, une ethnicisation de certaines formations, en particulier du baccalauréat professionnel des métiers du commerce. Certaines formations étaient également très « genrées ». Cette situation engendrait le développement d’attitudes négatives et une difficulté des élèves à s’approprier les codes attendus par l’entreprise.

Dès la rentrée 2014, la décision fut prise de mettre en place une seconde professionnelle à orientation progressive, donnant ainsi aux élèves la possibilité de choisir une spécialité (commerce, vente ou accueil) en 1ère.

« Le fait de mettre plus de mixité dans les classes est salvateur, tant pour les élèves que pour les enseignants. » Éric Dogo, proviseur adjoint

Cela a permis de décaler le choix d’orientation d’une année et ainsi de créer une réelle mixité ethnoculturelle et de genre dans chacune des formations.

Éric Dogo, proviseur adjoint Académie de Versailles, Lycée professionnel Charles Baudelaire, Evry (91 000)

Au lycée Charles Poncet de Cluses, les élèves se dirigeant vers l’enseignement professionnel se voient proposer d’intégrer une seconde professionnelle indifférenciée. Cette classe propose, sur une année scolaire, de découvrir les finalités professionnelles de trois baccalauréats : technicien d’usinage, technicien outilleur et productique mécanique (option décolletage). Pour la classe de seconde, l’équipe pédagogique a regroupé les contenus des trois formations, en s’appuyant principalement sur les compétences communes aux différents baccalauréats.

« Cette année est ponctuée par des temps en entreprise plus courts que dans une seconde classique, mais qui permettent de « toucher » la réalité professionnelle de chacune des spécialités. » Emmanuel Didier, inspecteur de l’Éducation nationale

Dans le même temps, un travail important est mené, en relation avec les services de l’orientation, pour construire des outils d’accompagnement aux choix d’orientation. Les élèves peuvent choisir leur orientation en toute connaissance du secteur d’activité et les parents sont mobilisés grâce à des temps d’échanges réguliers.

Pour sa première année, le projet rencontre un réel succès, au-delà de son objectif d’amélioration de l’orientation. Pour la première fois dans l’établissement, l’ensemble des élèves scolarisés dans ces baccalauréats avaient choisi cette seconde en premier vœu. Plusieurs lycées de l’académie vont désormais proposer ce dispositif.

Emmanuel Didier, inspecteur de l’Éducation nationale Académie de Grenoble, Lycée Charles Poncet, Cluses (74 300)

En 2013, la Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DRAAF) de la région Auvergne-Rhône Alpes a lancé le programme « Enseigner à produire autrement », dans le cadre du plan national engageant l’agriculture française dans l’agro-écologie. Les établissements ont été encouragés à enseigner aux élèves une nouvelle façon de produire en participant à un travail collectif de recherche.

Ainsi, le lycée agricole du Valentin de Bourg Lès Valence propose à ses élèves de réaliser des expérimentations autour de la production écologique. En début d’année, les professeurs confient à une classe des semis (semences mises en terre) qui ont vocation à être cultivés sous couvert.

« Les élèves sont chargés de tester plusieurs modes de production écologiques et de les analyser. » Marylène Ganchou, adjointe au chef de service Formation et Développement

À la fin de l’année, les élèves présentent les résultats obtenus à la classe suivante, qui continuera à son tour les expérimentations. Ainsi, le savoir se capitalise au fil des années et les élèves sont enrôlés dans une recherche et un véritable projet professionnel.

Marylène Ganchou, adjointe au chef de service Formation et Développement DRAAF Auvergne-Rhône Alpes
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L’ensemble des acteurs régionaux de l’agriculture ont été impliqués et réunis en réseau dans le cadre de ce projet : établissements d’enseignement agricole, exploitations agricoles, recherche, institutions…

Le lycée polyvalent du Haut-Barr de Saverne a mis en place un projet de formation pour développer son baccalauréat professionnel. Parmi les actions mises en place, l’établissement a fait le choix de donner une véritable place au volet international, compte tenu, notamment, de sa proximité avec la frontière allemande.

« Dès la seconde, les élèves participent à un échange avec une classe allemande. Ils accueillent leurs camarades une semaine et se rendent trois jours en Allemagne. Des visites d’entreprises sont prévues dans les deux pays. » Charles Arnold, chef de travaux

Si, traditionnellement, une seule langue vivante est enseignée en voie professionnelle, le lycée propose deux langues vivantes sur les trois années de formation. Ce choix est défini par les besoins des élèves à la sortie du baccalauréat.

Ceux qui s’insèrent dans la vie professionnelle peuvent être amenés à travailler en Allemagne et doivent donc maîtriser l’allemand. Ceux qui souhaitent poursuivre leurs études peuvent le faire dans le BTS Industries Plastiques Europlastic de l’établissement, dans lequel l’anglais est obligatoire.

Charles Arnold, chef de travaux Académie de Strasbourg, Lycée Haut-Barr, Saverne (67 700)

Depuis 2009, le lycée professionnel Bertrand Schwartz de Pompey propose un projet global d’enseignement tourné vers la professionnalisation des élèves. Ainsi, l’ensemble des matières, générales et professionnelles, sont intégrées dans le projet pédagogique, offrant ainsi un décloisonnement total des cours de l’enseignement professionnel.

Ainsi, tout en gardant une exigence sur le niveau attendu des élèves dans les matières générales, ces dernières sont impliquées dans le projet professionnel. En mathématiques, les élèves travaillent sur les calculs commerciaux.

« En Français, les élèves travaillent leur expression orale, écrivent des sketchs de vente, rédigent leurs CV et lettre de motivation… » Sébastien Caillet, professeur

Le projet permet, chaque année, de limiter le nombre d’élèves décrocheurs avant le passage du baccalauréat. Il repose, avant tout, sur une très forte implication des enseignants qui doivent adapter leurs cours. Le travail en équipe leur a permis de proposer un contenu pédagogique plus cohérent et plus attractif pour les élèves.

Sébastien Caillet, professeur Académie de Nancy-Metz, Lycée Bertrand Schwartz, Pompey (54 340)
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Dans son objectif de professionnalisation des élèves, le lycée s’est équipé d’un magasin pédagogique avec des logiciels de gestion de caisse et de marchandisage. Ils peuvent également s’entraîner à la réalisation d’une vitrine commerciale.

Le lycée polyvalent Jean Lurçat de Perpignan a développé un « Parcours ambition BTS » pour ses élèves en baccalauréat professionnel. Dès la fin de l’année de première, les élèves pressentis pour une poursuite d’études sont identifiés par l’équipe pédagogique. Ils se verront proposer un accompagnement complet et personnalisé pour assurer leur réussite.

En terminale, un module de 4 heures par semaine leur permet de renforcer et d’approfondir leurs acquis, notamment en français et en anglais. Un livret personnel de compétences et de connaissances assure le suivi de l’évolution de chacun des élèves et leur maîtrise des savoirs et des savoir-faire attendus pour intégrer un BTS.

« Les étudiants de BTS sont sollicités pour parrainer les élèves en baccalauréat professionnel. Sur des terrains de stage communs, des binômes élève / étudiant se créent. » Cédric Bonnet, professeur d’économie-gestion

Le dispositif propose également aux élèves de baccalauréat professionnel un stage en immersion d’une semaine au sein du BTS. Ainsi, ils peuvent identifier de façon concrète le niveau d’exigence de la formation.

Cet accompagnement se poursuit ensuite en BTS sous la forme d’un tutorat réalisé par les étudiants en deuxième année. C’est donc un véritable parcours qui est proposé aux élèves afin de leur proposer les meilleures conditions d’intégration et de réussite en BTS.

Cédric Bonnet, professeur d’économie-gestion Académie de Montpellier, Lycée Jean Lurçat, Perpignan (66 000)

Depuis la rentrée 2015, le lycée général et technologique de la Venise verte de Niort a ouvert une classe préparatoire aux grandes écoles de commerce réservée aux bacheliers professionnels. L’établissement souhaite ainsi proposer un parcours ambitieux aux élèves issus d’un baccalauréat professionnel, se positionnant ainsi sur le terrain de la promotion sociale.

Cette classe préparatoire de 24 places recrute exclusivement des bacheliers professionnels, dont la majorité provient des spécialités tertiaires. Elle se déroule en 3 ans. La première année, les élèves disposent d’un programme adapté, avec deux heures hebdomadaires d’accompagnement personnalisé. Les deux dernières années, ils sont regroupés avec les étudiants issus d’un baccalauréat technologique. Ils présentent ensuite les concours aux grandes écoles de commerce. En cas de difficulté pendant ce parcours, et afin d’en assurer une sécurisation, les étudiants bénéficient de places réservées en BTS Négociation Relation Client et BTS Assurance.

« Dans la première promotion, tous les élèves devraient, a priori, passer en deuxième année. Nous pouvons raisonnablement penser qu’ils peuvent tous réussir une entrée en grande école de commerce. » Laurent Bayenay, Proviseur

L’équipe pédagogique est très impliquée dans cette nouvelle formation. Elle se montre déterminée à faire la preuve de l’utilité de cette formation, notamment pour assurer la « promotion sociale ».

Laurent Bayenay, Proviseur du lycée de la Venise verte Académie de Poitiers, Niort (79 000)
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En parallèle, le lycée propose un autre moyen d’intégrer une école de commerce pour les bacheliers professionnels, grâce à un partenariat avec le groupe Sup’ de Co de La Rochelle. Les élèves volontaires disposent de 100 heures de cours supplémentaires durant leurs années de 1ère et Tle et présentent un concours spécifique d’entrée dans l’école de commerce. S’ils réussissent, ils intègrent la classe préparatoire et sont admis d’office dans l’école de commerce à l’issue des trois ans.

Faire le lien entre les besoins des entreprises et l’offre de formation : telle est la mission confiée aux régions. En Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin, un projet de formation a particulièrement été développé depuis la rentrée 2015, à partir des besoins du territoire.

 « Dans le bassin de Pauillac, territoire économiquement fragile, où la mobilité des élèves est limitée, nous avons créé un nouveau baccalauréat professionnel à partir des besoins des entreprises à proximité. » Thierry Cagnon, Directeur de l’éducation

Ainsi, en s’appuyant sur les PME spécialisées dans les matériaux composites présentes sur ce territoire, un baccalauréat professionnel « pilote de ligne de production industrielle » a été ouvert à la rentrée 2015. Il vient s’ajouter au CAP déjà existant. Les deux formations vont pouvoir collaborer grâce à un partenariat entre le CFAI (Centre de Formation des Apprentis de l’Industrie) et le lycée professionnel.

Une mutualisation de leurs équipements est prévue. Le nouveau plateau pédagogique (récréant une ligne de production dans l’établissement), sera utilisé par les deux formations et réalisé en partenariat avec l’entreprise Composite Adour, qui est a été intégrée dès l’origine au projet.

Thierry Cagnon, Directeur de l’éducation Région Aquitaine-Poitou-Charente-Limousin
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Par ailleurs, la région a développé un campus des métiers dédié à la formation initiale et continue en maintenance aérospatiale et aéronautique. Il regroupe, sur un même site, des entreprises et trois voies de formation (formation initiale par voie scolaire ou par apprentissage et formation continue). Il comprend notamment deux baccalauréats professionnels en aéronautique et, afin de proposer une continuité du parcours, un BTS de la même spécialité.