Webinaire 5 : Quelles conditions de recrutement et d’évolution de carrière pour renforcer l’attractivité du métier enseignant et répondre aux besoins ?
Comment recruter des enseignants dans des zones peu attractives ? Les programmes Grow Your Own aux États-Unis
À retenir
David Blazar examine les programmes « Grow Your Own » aux États-Unis et leurs effets sur l’attractivité et la diversification du recrutement enseignant.
• Des programmes « Grow Your Own » prometteurs mais encore peu consolidés : ces programmes visent à recruter localement de futurs enseignants, notamment dans des territoires défavorisés, en ciblant des profils éloignés du métier (lycéens, assistants). Ils répondent à des enjeux d’attractivité et d’ancrage territorial, mais restent encore peu stabilisés (définition variable, manque d’évaluations robustes, incertitudes sur leur capacité à diversifier réellement le recrutement).
• Un impact réel de l’exposition précoce, mais différencié : l’exemple du programme Teacher Academy of Maryland montre que l’exposition précoce au métier augmente significativement la probabilité de devenir enseignant (+47 % en relatif). Cet effet varie toutefois selon les profils (programme majoritairement attractif pour les filles, effets absolus plus marqués pour les filles blanches, mais gains relatifs plus élevés pour les filles noires), ce qui souligne des dynamiques différenciées d’orientation.
• Des effets positifs, mais des limites sur la diversité : le programme améliore aussi certaines perspectives professionnelles (notamment salariales pour les filles noires), contredisant l’idée d’une orientation vers des carrières moins valorisées. Toutefois, son impact sur la diversité reste limité, malgré une légère réduction des écarts. Ces résultats plaident pour un ciblage plus fin des publics et une adaptation des dispositifs afin de lever les freins structurels à l’entrée dans la profession.
Comment former et accompagner des enseignants de seconde carrière ?

Peggy Germer
Chercheuse associée
Université technique de Dresde

Axel Gehrmann
Professeur des universités
Université technique de Dresde (TUD, Allemagne)
À retenir
Axel Gehrmann et Peggy Germer analysent les évolutions du système allemand de formation des enseignants et les réponses innovantes face aux pénuries.
• Un système structuré, mais sous tension : en Allemagne, la formation des enseignants repose sur un modèle en trois phases (formation universitaire, stage, entrée dans le métier), qui assure une certaine cohérence d’ensemble malgré l’organisation fédérale. Ce système est toutefois aujourd’hui confronté à une pénurie durable (hausse des effectifs, inclusion, baisse des vocations), qui met sous pression les voies traditionnelles de recrutement et appelle des réponses complémentaires.
• Une voie alternative innovante et ciblée : le programme Berufsbegleitende Qualifizierung von Lehrkräften (BQL), développé en Saxe, propose un modèle hybride pour les adultes en reconversion. Il combineformation académique et emploi en établissement, tout en maintenant un niveau d’exigence comparables aux parcours classiques. Il permet ainsi de répondre de manière ciblée aux besoins dans certaines disciplines ou territoires., grâce à un pilotage étroit par les autorités éducatives et un ancrage fort dans la pratique professionnelle.
• Un modèle efficace qui redéfinit les formats de formation : les résultats sont encourageants (taux de réussite élevé, forte satisfaction, maintien dans le métier), montrant qu’il est possible d’accélérer les parcours sans abaisser les standards. Ce modèle met en évidence l’intérêt de dispositifs fondés sur le mentorat, la combinaison de différentes modalités de formation (présentiel, à distance) et l’apprentissage en situation. Il souligne également la nécessité d’adapter les compétences enseignantes aux transformations contemporaines (numérique, évolutions démographiques, IA).
Quels modèles d’évolution de carrière ? Comparaisons internationales
À retenir
Eric Charbonnier met en perspective les enjeux d’attractivité du métier enseignant à partir des analyses de l’OCDE et identifie les leviers de revalorisation de la profession.
• Une attractivité fragilisée, particulièrement en France : les données mettent en évidence un paradoxe entre un niveau de satisfaction globalement correct et un sentiment de faible reconnaissance sociale. En France, cette situation s’accompagne de pénuries persistantes et de difficultés de recrutement, traduisant une fragilisation structurelle de l’attractivité du métier.
• Des facteurs multiples qui dégradent les conditions d’exercice : plusieurs facteurs contribuent à cette situation (rémunérations jugées peu compétitives par rapport à d’autres diplômés, dégradation des conditions de travail, hausse des besoins éducatifs spécifiques, gestion plus complexe de la discipline). S’y ajoutent un accompagnement insuffisant en début de carrière et des opportunités encore limitées de développement professionnel (formation continue, travail collaboratif).
• Quatre leviers pour renforcer durablement la profession : les systèmes les plus performants s’appuient sur une approche globale (attirer, former, accompagner, retenir). Cela implique de renforcer la formation initiale et continue, de développer des perspectives de carrière attractives, de structurer le mentorat et d’adapter le métier aux évolutions contemporaines (multiculturalité, IA, compétences socio-émotionnelles), afin de revaloriser durablement la profession enseignante.



