Ségrégation sociale


Une classification des territoires et des collèges qui montre une forte ségrégation sociale en Île-de-France

Afin de mener une évaluation des inégalités scolaires d’origine territoriale, le Cnesco a dans un premier temps cherché à caractériser le plus finement possible les territoires analysés, notamment selon des dimensions sociales (hors éducation). Cette classification des territoires inédite, menée au plus près des quartiers, fait apparaitre cinq types de territoires en Île-de-France qui vont des territoires parisiens et de banlieue très favorisés aux territoires regroupant le plus de difficulté socio-économiques. Cette classification par quartiers montre la forte corrélation entre la composition sociale du territoire et la composition sociale des collèges publics. En effet, la composition sociale des collèges publics reflète en majorité celle des territoires sur lesquels ils sont localisés.

Une classification des quartiers qui témoigne de la diversité des profils socio-spatiaux des territoires d’Île-de-France

Une classification des territoires d’Île-de-France a pris en compte 23 variables socio-spatiales afin d’étudier les liens entre les territoires et les résultats scolaires des collèges. Cette classification a permis de dégager quatre catégories de territoires dont les principales caractéristiques sont détaillées ci-dessous :

  • Les territoires parisiens et de banlieue très favorisés regroupent 22 % de la population étudiée et se concentrent sur un territoire qui ne couvre que 5 % de l’Île-de-France. Le capital culturel y est très élevé : deux personnes sur trois sont diplômées du supérieur et un tiers sont cadres. Le revenu médian par unité de consommation y est trois fois plus élevé que dans les territoires cumulant le plus de difficultés socio-économiques et le taux de chômage y est moitié moins important.

  • Les territoires de banlieues résidentielles favorisés regroupent 32 % de la population et sont caractérisés par leur fort niveau économique et culturel : les diplômés du supérieur, les revenus médians par unité de consommation et la part des cadres sont supérieurs à la moyenne d’Île-de-France. Ils se définissent surtout par le fait qu’ils couvrent un large territoire (51 % de l’Île-de-France), que 81 % de sa population travaillent dans une autre commune que celle de résidence (mouvements pendulaires) et deux personnes sur trois y sont propriétaires de leur logement, ce qui les distingue notamment des territoires parisiens.
  • Les territoires défavorisés représentent 29 % de la population et sont caractérisés par un niveau socio-économique inférieur à celui de l’Île-de-France (en termes de revenu médian par unité de consommation, taux de chômage, part d’ouvrier). En outre, ils possèdent une population qui est davantage concernée par le chômage des jeunes (29 %), l’immigration (23 %), les familles monoparentales (18 %) et les populations vivant en HLM (34 %). Ces zones peuvent être qualifiées de « zone tampon », c’est-à-dire que, le plus souvent, elles entourent les territoires qui regroupent le plus de difficultés.
  • Les territoires regroupant le plus de difficultés socio-économiques représentent 17 % de la population sur 10 % du territoire étudié. L’importance des jeunes en âge d’aller au collège est particulièrement élevée et le chômage touche en moyenne 40 % des 15-24 ans. Le niveau de vie est deux fois inférieur à la moyenne de l’Île-de-France. Moins de deux personnes sur dix sont diplômées du supérieur. Plus de deux personnes sur trois vivent en HLM. La part d’immigrés représente un tiers de la population et la part d’ouvriers y est deux fois plus importante que les autres types de territoires.

 

Caractéristiques les plus discriminantes des quatre catégories
issues de la classification des territoires d’Île-de-France

Une cinquième catégorie a été créée en regroupant des territoires qui comportent des collèges non localisés sur un IRIS. En effet, ces territoires sont peu densément peuplés et par définition ne sont pas découpés en IRIS, par l’Insee.

  • Territoires peu denses de la grande couronne (Yvelines, Essonne, Seine-et-Marne, Val-d’Oise) qui partagent la caractéristique d’être situés sur un territoire peu dense et plus éloignés de Paris. Si l’on s’intéresse à la population des collèges de ces territoires, on observe qu’elle est très largement favorisée.

 

Répartition des différentes catégories de quartiers dans Paris
et sa petite couronne de l’Île-de France

La composition sociale des collèges publics reflète celle des territoires sur lesquels ils sont localisés, à l’exception de certains quartiers

Une classification a aussi été réalisée sur les collèges publics, faisant apparaître quatre types d’établissements : établissements peu mixtes avec une forte concentration de professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) favorisées, établissements favorisés avec une population scolaire relativement mixte, établissements défavorisés et peu ségrégués, établissements les plus ségrégués concentrant le plus de PCS défavorisées. Ces catégories se différencient selon leur degré de ségrégation sociale (écart de la composition sociale des collèges à la moyenne) et leur niveau social.

Globalement, on observe une forte corrélation entre la composition sociale du territoire et la composition sociale des collèges. En effet, les collèges les plus défavorisés se retrouvent très fréquemment sur les territoires les plus défavorisés, et inversement.

 

Répartition des types d’établissement par catégorie de territoires

Cependant, en s’intéressant aux deux catégories extrêmes de territoires, on remarque que 22 % des collèges publics localisés sur un territoire parisien et de banlieue très favorisé (21 établissements) sont défavorisés. À l’opposé, seulement 2 % des collèges publics situés sur un territoire cumulant le plus de difficultés socio-économiques sont caractérisés comme étant favorisés. En analysant plus finement la localisation des établissements défavorisés sur les territoires parisiens et de banlieue très favorisés, on remarque que ceux-ci bordent des zones géographiques en difficultés socio-économiques. Ce résultat reflète la gentrification grandissante de la capitale et tout particulièrement du nord-est de ce territoire. L’IRIS étant un territoire très petit, un établissement peut être localisé sur un quartier aux caractéristiques favorisées et border une zone en grandes difficultés et donc recruter des élèves plus défavorisés. Les territoires cumulant le plus de difficultés, sont quant à eux, plus enclavés. De ce fait, peu d’établissements favorisés sont localisés sur ces zones (3 collèges, soit 2 % des établissements situés sur les territoires cumulant le plus de difficultés).