Langues vivantes étrangères : comment mieux accompagner les élèves ?



Langues vivantes étrangères : comment mieux accompagner les élèves ?

Le Cnesco publie un dossier de ressources complet sur les langues vivantes étrangères, suite à la conférence de consensus, organisée en partenariat avec l’Institut français de l’éducation (Ifé-ENS de Lyon), sur le thème « De la découverte à l’appropriation des langues vivantes étrangères : comment l’école peut-elle mieux accompagner les élèves ? » (13 et 14 mars 2019, lycée Lucie Aubrac de Courbevoie).

Le dossier du Cnesco comprend : les recommandations du jury de la conférence ; quatre rapports scientifiques d’évaluation (sur les acquis des élèves, sur les langues dès le plus jeune âge, sur l’apprentissage des langues, sur l’enseignement des langues) ainsi que les présentations des experts de la conférence (sous forme de notes, diaporamas et vidéos).

Cette conférence s’est tenue sous la présidence de Dominique Macaire, professeure des universités en didactique des langues à l’université de Lorraine, et Daniel Gaonac’h, professeur émérite de psychologie cognitive à l’université de Poitiers. Le jury de la conférence, composé d’acteurs de terrain, a été présidé par Brigitte Gruson, maître de conférences émérite en didactique des langues et cultures à l’université de Bretagne Occidentale.

Ce qu'il faut retenir de l'évaluation du Cnesco

Des progrès en compréhension de l’écrit, des difficultés pour s’exprimer à l’oral

En 2016, les élèves français ont, globalement, de bons résultats en compréhension de l’écrit d’une langue étrangère. Ils progressent ainsi par rapport à 2010 au primaire comme au collège, tout comme en compréhension de l’oral. En revanche, les élèves français continuent à rencontrer de réelles difficultés pour s’exprimer en langue étrangère. Particulièrement à l’oral, les trois quarts des élèves de 3e ont du mal à se faire comprendre et produire une langue globalement correcte. À l’international, les résultats des élèves français sont très nettement inférieurs à ceux de leurs camarades européens. Enfin, l’évaluation des notes en langues au baccalauréat met en évidence que des écarts importants, pouvant dépasser deux points, apparaissent sur la note en langues en fonction de l’origine sociale des élèves. Ces écarts existent également entre les filles et les garçons.

Des pratiques enseignantes qui varient par rapport aux autres matières

L’analyse historique des méthodes d’enseignement des langues étrangères montre une mutation régulière des injonctions institutionnelles alors que les enseignants du secondaire n’ont pas toujours bénéficié de la formation continue nécessaire. La méthode actuelle, dite actionnelle, portée par l’Union européenne et visant à la mise en activité des élèves (notamment à l’oral), présente des bénéfices certains pour la compréhension et l’expression orales par exemple. Cependant, sa mise en œuvre parfois lacunaire a pu éloigner les élèves d’une réflexion explicite sur l’étude de la langue (grammaire, lexique…). L’analyse des résultats de TALIS 2013 (OCDE) montre que les enseignants de langues dans le secondaire font plus souvent travailler leurs élèves en projets et en petits groupes que leurs collègues dans les autres matières. Les bilans, qui devraient stabiliser les acquisitions des élèves, et l’auto-évaluation sont encore à la marge dans les pratiques de classe. Au primaire, une quasi-généralisation des cours de langue est mise en évidence, même si les horaires et les activités pédagogiques demeurent disparates et parfois éloignés des attendus des programmes, là encore faute de formation continue.

Des inégalités territoriales et sociales dans l’offre et le choix des langues

L’étude originale du Cnesco fait apparaitre des disparités territoriales dans l’offre de langues étrangères. Les académies frontalières de l’Espagne et de l’Allemagne sont celles qui présentent le plus de collèges sans choix de langues étrangères. De plus, le choix des langues apparait comme un marqueur social permettant de se démarquer. Cela se retrouve à travers les langues les plus étudiées (une LV1 autre que l’anglais) et encore plus fortement dans les langues moins enseignées (chinois ou russe pour les plus favorisés, portugais ou arabe littéral pour les plus défavorisés).

Un retard institutionnel, désormais rattrapé, par rapport aux autres pays

Longtemps à la traîne dans l’investissement national dans l’enseignement des langues étrangères, la France a aujourd’hui largement rattrapé son retard. Début 2000, elle a été un des derniers pays européens à dispenser l’enseignement des langues à l’école primaire, les pays nordiques le développant dès les années 1960. En revanche, aujourd’hui, la France fait partie des pays ayant le plus d’heures d’enseignement des langues (LV1 et LV2) durant la scolarité obligatoire. L’offre de langues en France est l’une des plus larges d’Europe, appuyant ainsi le plurilinguisme prôné par l’Union européenne. Contrairement à la moitié des pays européens, la France n’impose pas l’anglais comme langue obligatoire.

Des recommandations pour mieux accompagner les élèves

Les recommandations du jury de la conférence de consensus sont construites autour de 4 axes : 

  • la progressivité des apprentissages, du primaire à la fin du lycée : travailler sur l’oral de manière progressive (la musicalité en maternelle, l’écoute dès le CP, l’expression dès le CE2, les stratégies de compréhension au collège et lycée), guider les élèves vers l’autonomie en s’appuyant sur les outils numériques, créer des ponts entre les différentes langues et cultures ;
  • une évaluation tournée vers un « droit à l’erreur » et les compétences réelles des élèves : reconnaitre aux élèves le droit de se tromper, évaluer plus précisément les élèves, délivrer avec le baccalaruéat une certification par activité langagière ;
  • l’augmentation de l’exposition des élèves aux langues : proposer des cours de langues d’une durée plus courte mais plus régulièrement, proposer une autre matière enseignée en langue étrangère, proposer les dispositifs d’exposition renforcée à tous les élèves, favoriser la mobilité internationale des élèves et des enseignants ;
  • un meilleur accompagnement des enseignants : redonner une place à l’enseignement explicite des langues, construire un « programme lexical » national, repenser le recrutement et la formation des enseignants en langues.

Découvrir les recommandations du jury


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