L'architecture scolaire en France
Un besoin de modernisation et de modularité

Les principaux résultats de l'enquête

Pour la majorité des collèges et lycées, l’aménagement des espaces participe à créer un environnement propice au travail, mais ce n’est pas toujours le cas. Les collèges et lycées sont très nombreux à être interpellés sur la température, la luminosité et l’insonorisation des salles. Beaucoup d’établissements déclarent ne pas avoir suffisamment de sanitaires et être interpellés pour des dégradations et des difficultés d’approvisionnement en produits hygiéniques (papier, savon…). Dans l’établissement, en règle générale, les élèves disposent d’espaces réservés au travail en autonomie, d’espaces de détente et de lieux d’expression réservés. Les enseignants disposent de peu d’espaces réservés à la collaboration et, souvent, le mobilier est peu adapté à la pédagogie différenciée.

Un facteur important de la qualité de vie à l'école

Fruit de l’histoire, l’architecture des établissements français demeure adaptée à une conception traditionnelle de l’enseignement. Si la décentralisation a permis une rénovation majeure du bâti scolaire à partir des années 1980,  de nos jours encore, pour les nouvelles constructions, les décisions intègrent davantage des considérations environnementales, esthétiques ou financières qu’une réflexion sur la manière dont le bâti scolaire peut favoriser les apprentissages et le climat scolaire (Hébert & Dugas, 2017).

Pourtant, les travaux de recherche actuels mettent en évidence que les performances et le bien-être des élèves sont influencés par certaines caractéristiques du bâti scolaire (Barrett, Davies, Zhang & Barret, 2015).

Trois facteurs principaux ont ainsi été mis en évidence :

  • le confort des élèves (lumière, bruit, température, qualité de l’air…) ;
  • la satisfaction des besoins d’enseignement et d’apprentissage (pièces clairement identifiables, personnalisées, adaptables à la pédagogie des enseignants et permettant d’être en lien avec le reste de l’école) ;
  • l’esthétique (harmonie des couleurs, agencement des différents éléments de la salle de classe).

À quoi pourrait ressembler l'établissement de demain ?

À partir du rapport Klein (2017), cinq critères de construction, rénovation et réhabilitation des établissements scolaires peuvent être identifiés :

  • école au bâti moderne et modulable pour s’adapter à des usages multiples (pédagogiques, sociaux…) ;
  • école « sécurisée » ;
  • école accessible aux personnes à mobilité réduite ;
  • école connectée et numérique ;
  • école associant des acteurs divers et ouverte sur son implantation.

Un environnement plutôt propice au travail

Selon l’enquête du Cnesco, la majorité des établissements (72 %) déclarent que l’aménagement des espaces dans leur collège ou lycée participe à créer un environnement propice au travail. Cependant, plus d’un établissement public sur quatre (27 %) considère que l’aménagement de leur collège ou lycée ne contribue pas à un créer un environnement propice au travail. Les répondants mettent en avant six grandes difficultés rencontrées dans leurs établissements qui nuisent au travail des élèves et des personnels (classées par nombre décroissant de citations) :

  • des espaces insuffisants ou exigus ;
  • une absence ou un manque d’espaces de travail en autonomie (élèves et/ou professeurs) ;
  • une architecture et/ou un mobilier non fonctionnels ou inadaptés ;
  • des locaux vétustes, un bâti ancien ;
  • des locaux peu lumineux, une mauvaise isolation thermique et/ou phonique ;
  • un trop grand nombre d’élèves et/ou un manque de personnel encadrant.

De nombreuses interpellations sur la qualité des locaux

L’enquête du Cnesco met en évidence les nombreuses interpellations sur des problèmes liés à la construction et à la qualité des locaux. Ainsi, la quasi-totalité tous les établissements du second degré ont été interpellés par leur personnel et par leurs élèves sur des problèmes d’isolation thermique. Les interpellations sur la luminosité (exposition, stores) et l’insonorisation des salles sont également très nombreuses. Une grande partie des interpellations proviennent des personnels travaillant dans l’établissement, parfois accompagnées par celles d’élèves ou de parents.

Sanitaires : la propreté et la sécurité à améliorer

Les sanitaires sont des espaces sensibles, parmi les plus anxiogènes pour les élèves (Hébert & Dugas, 2017). Un tiers des élèves craignent d’aller aux toilettes de leur école ou collège (Guimard, Bacro, Ferrière, Florin, Gaudonville, 2016), ce qui peut avoir des conséquences négatives sur la santé des élèves, sur l’hygiène (notamment des mains) et sur l’apprentissage de l’intimité. Selon l’enquête du Cnesco, près de 4 collèges et lycées publics sur 10 (39 %) déclarent ne pas avoir suffisamment de sanitaires dans leurs locaux. Ce problème se retrouve également dans les établissements privés, mais à un niveau moindre (25 %). Le nettoyage des sanitaires n’est pas réalisé de manière régulière tout au long de la journée. La moitié des établissements le pratique une seule fois par jour (53 %). Dans seulement 3 % des établissements, le nettoyage n’est pas effectué tous les jours.

Les interpellations, d’élèves, de parents et du personnel, portent avant tout sur les dégradations dans les locaux sanitaires (dans 72 % des établissements) et sur l’approvisionnement en produits hygiéniques (papier, savon…) (62 %). Dans une moindre mesure, 44 % des établissements déclarent avoir déjà été interpellés sur la propreté des sanitaires et 34 % sur leur aménagement (jour sous les portes, verrous qui ne fonctionnent pas…). Enfin, 16 % des établissements l’ont été sur des problèmes de sécurité dans les sanitaires.

Une attribution variable des salles entre les élèves et les enseignants

Une très grande majorité d’établissements du second degré (84 %) déclarent attribuer certaines salles à des enseignants. C’est-à-dire que des professeurs de l’établissement enseignent toujours ou presque dans la même salle. Les salles sont plus souvent attribuées à des enseignants dans les établissements du secteur public (89 %) que dans le secteur privé (62 %).

À l’inverse, seuls 27 % des établissements déclarent que des salles sont attribuées à une classe (par exemple, les élèves de 5e B ont presque toujours cours dans la même salle). Les établissements du secteur privé attribuent nettement plus souvent (71 %) la salle à une classe alors que cette pratique est beaucoup plus rare dans le public (19 %).

Des espaces à adapter aux nouveaux besoins pédagogiques de l'école

Les travaux personnels des élèves, et donc leur capacité à travailler en autonomie au sein des établissements, se sont développés ces dernières années. L’enquête montre que les établissements ont aménagé l’usage de leurs locaux pour répondre à  ces nouvelles exigences pédagogiques.

Globalement, sur les créneaux horaires pendant lesquels les élèves n’ont pas cours, ils ont accès à des espaces de travail dans lesquels ils peuvent se rendre de leur propre initiative.

Le Centre de Documentation et d’Information (CDI) est le lieu le plus largement mis à disposition des élèves pendant la pause du midi (9 établissements sur 10). La salle d’étude (ou salle de permanence), au-delà de son usage habituel, est également accessible sur la pause du midi dans 6 établissements sur 10. À un moindre niveau, la salle informatique (dans 29 % des établissements) et des salles de classe (25 %) peuvent être utilisées. Enfin, des établissements ont déclaré le foyer (9 %) et les lieux de passage (couloirs, hall d’accueil,…) (5 %) comme des espaces de travail utilisables par les élèves pendant la pause du déjeuner.

Durant les heures de permanence, ou en cas d’absence d’un professeur, les élèves ont autant accès à la salle de permanence (dans 91 % des établissements) qu’au CDI (90 %). Sur ces créneaux, la salle informatique est accessible dans un tiers des établissements.

Les pratiques pédagogiques évoluent et demandent plus de modularité des espaces, afin de pouvoir faire varier les situations d’apprentissage (conférence de consensus sur la différenciation pédagogique, Cnesco, 2017). Ces évolutions doivent être accompagnées par la mise à disposition d’un mobilier spécifique, plus léger et facilement déplaçable.

Pourtant, le mobilier scolaire semble encore assez peu adapté. Deux établissements sur trois déclarent ne pas disposer de mobilier adapté facilitant la modularité des espaces de travail.

Le travail en équipe est encouragé au sein de l’Education nationale. Mais les configurations des espaces au sein des établissements ne sont pas encore totalement adaptées à ces nouvelles orientations. Ainsi, si la quasi-totalité des établissements du second degré disposent d’une salle des professeurs permettant à l’équipe pédagogique de se réunir (9 % n’ont pas de salle des professeurs), les enseignants ne peuvent se retrouver dans une salle de réunion que dans la moitié des établissements, ou plus rarement, dans une salle de classe disponible (27 %).

 

L'établissement comme lieu de vie

Le foyer des élèves est le premier lieu de vie dont disposent les établissements du second degré. Les lycées ont plus souvent un foyer (ou une maison des lycéens) (83 %) que les collèges (58 %). Le foyer est régulièrement (dans 59 % des établissements qui en disposent) un espace autogéré ou cogéré par les élèves (en charge de l’espace ou associés à son fonctionnement), plus particulièrement dans les lycées publics (83 %).

De même, les lycées disposent, pour 35 % d’entre eux, d’une cafétéria (autre que le restaurant scolaire). Dans les lycées publics, cette cafétéria est parfois (38 %) autogérée ou cogérée par les élèves.

Un établissement sur trois déclare également disposer d’espaces dédiés à des activités libres hors temps scolaire (danse, yoga, musculation, salle de spectacle ou de théâtre…).

Quasiment tous les établissements du second degré ouvrent leurs portes à des activités extra-scolaires (en dehors des heures de cours mais possiblement organisées par un professeur). Les lycées professionnels déclarent moins souvent proposer des activités extra-scolaires.

70 % des établissements (85 % des collèges) proposent des pratiques musicales (chorale comprise). Du théâtre (56 %) et des activités de journalisme (47 %) sont également souvent organisés. À un moindre niveau, les établissements accueillent des activités d’arts plastiques (35 %) et des activités liées au cinéma (33 %).

Les établissements du second degré laissent, dans leur enceinte, très souvent les élèves s’exprimer par voie d’affichage.

Ainsi, des affichages sont régulièrement possibles dans les espaces de travail (classes, CDI), notamment pour exposer les productions des élèves (dans 72 % des établissements) ou à l’occasion d’évènements particuliers (62 %).

Ce type d’affichage peut également être réalisé dans les espaces de vie (foyer, cafétéria, couloirs, cour…), mais ceux-ci sont également plus ouverts à un usage informatif (52 %).

Cependant, 7 % des établissements (plus particulièrement en collège) n’offre pas la possibilité aux élèves de s’exprimer par voie d’affichage.

 

Des établissements encore peu adaptés aux besoins numériques

Selon l’enquête du Cnesco, dans 22 % des établissements du second degré, aucune connexion internet n’est accessible aux élèves, ni dans les espaces de travail, ni dans les espaces de vie. Seuls 36 % des collèges et lycées disposent d’une connexion internet accessible aux élèves et aux personnels sur l’ensemble de l’établissement. Dans 36 % des établissements, l’accès à internet est limité uniquement au personnel dans l’ensemble du collège ou du lycée. La salle informatique reste encore assez peu accessible aux élèves. Elle est ouverte durant la pause méridienne dans 39 % des établissements, et durant une heure de permanence dans un tiers des établissements.

Des établissements encore peu accessibles aux personnes à mobilité réduite

Selon l’enquête du Cnesco, la moitié, seulement, des établissements du second degré déclarent que leurs locaux sont totalement accessibles aux élèves et adultes à mobilité réduite. Dans le privé, seuls 34 % des établissements déclarent être totalement accessibles. À l’opposé, 14 % des établissements déclarent ne pas être du tout accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Parmi les établissements se déclarant partiellement accessibles, les espaces inaccessibles du collège ou du lycée sont variés selon les établissements :

  • salles de classe (dans 22 % des établissements partiellement accessibles) ;
  • espaces de circulation (18 %)
  • CDI (17 %)
  • entrée principale (11 %)
  • sanitaires (11 %à)
  • réfectoire (11 %)

 

Méthodologie de l'enquête

L’enquête sur la restauration scolaire, l’architecture et la vie dans l’établissement, menée par le Cnesco a été réalisée via un questionnaire en ligne, adressée  aux chefs d’établissement du second degré de France métropolitaine et des Outre-mer, du 26 juin au 16 juillet 2017. Un échantillon représentatif d’établissements a été tiré au sort, appuyé sur des critères de secteurs (public, privé) et  de types d’établissement (collèges REP/REP+ et hors REP, LEGT et LP). 869 réponses ont été jugées exploitables (avec une légère sous-représentation du secteur privé, mais avec suffisamment d’établissements privés pour analyser les résultats). Les questionnaires ont été renseignés par les chefs d’établissement, leur adjoint ou les gestionnaires.

Cette étude a été réalisée en partenariat avec le Syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale (SNPDEN) et le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SGEC). Les résultats de l’enquête sont complétés par le traitement de données nationales exhaustives produites par la Depp (MEN).

Une autre enquête a été réalisée auprès des départements et des régions. Faute de réponses suffisantes, elle ne peut être publiée.